Toujours la mer à droite, des bassins, des cargos. Et toujours le cafard ! Il n’en a rien à faire ce vieux général dans son palais parisien, habitué au pourcentage de perte admis dans l’armée. Il sait pourtant que les négociations sont en cours, qu’il devra céder un jour et que la décolonisation est inévitable. Il le sait ! Mais il faut laisser le temps au temps, les jeunes au casse-pipe, les larmes aux familles, le désespoir aux amoureux. Le sang peut encore couler, un peu, beaucoup, passablement, puis peut-être plus du tout quand tout le monde en aura marre… Quoi de plus noble que de verser son sang pour la France, pour le pétrole, pour ces richesses qui profitent à " tous " les Français ? Et puis, on nous le dit, ce n’est pas une guerre ! Nous ne sommes là que pour " maintenir l’ordre ". Ce doit être quand même moins douloureux de mourir en " maintenant l’ordre " que de mourir en " faisant la guerre "… Nous longeons toujours la mer, en contrebas de ce grand boulevard. Le train ralentit encore, puis s’arrête : " Gare de l’Agha ". Nous prenons nos grands sacs et descendons avec peine. Nous constaterons quelques instants plus tard que nous sommes descendus trop vite ! Le terminus est plus loin qui s’appelle " gare d’Alger " et surtout plus près de notre destination !
à suivre...